Castitas

Voici ci-dessous un texte trouvé sur le forum « cité catholique », que j’ai particulièrement apprécié sur la chasteté, par Xavier Thévenot, prêtre salésien. Beaucoup de choses innovantes sont dites sur la chasteté. Après avoir lu ce texte, j’espère que mes lecteurs verront les choses autrement…

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(…) quand le grand public emploi le mot de chasteté, il désigne par là : l’abstention de relations sexuelles que vivent les personnes qui font voeu de chasteté. Or en réalité l’abstention de relation sexuelle doit être désigné de façon précise par le terme de continence. 
Donnons donc une définition nette de la continence :

est continente une personne qui s’abstient de tout plaisir conduisant à l’orgasme volontairement provoqué; qui s’abstient de tout plaisir issue soit d’une masturbation, soit d’une relation sexuelle avec une partenaire de l’autre sexe ou du même sexe.

Ayant ainsi définit ce qu’est la continence, nous sommes aptes maintenant à aborder la question de la chasteté proprement dite. En effet, la chasteté contrairement à ce que croit le grand public ne se réduit pas à la continence. La chasteté est en réalité une vertu qui doit être poursuivie par toute personne; que celle-ci soit équilibrée ou non, qu’elle soit célibataire, mariée, divorcée, veuve, qu’elle soit hétérosexuelle ou homosexuelle. Que désigne donc cette vertu de chasteté? Et bien dans une première approche donnons une définition très large :

est chaste, une personne qui tente de vivre sa sexualité de façon libérante pour elle et pour les autres.

On le voit, la chasteté est une vertu extrêmement positive. Il ne s’agit pas de renier sa sexualité, il s’agit au contraire de la vivre. Il s’agit de vivre sa dimension masculine et féminine dans toutes ses relations, et ceci de façon à construire quelque chose ou encore à se libérer davantage. 


Mais, direz-vous, quels sont donc les signes de la vraie libération?

Eh bien, pour aider à les trouver je vais partir de l’étymologie, de l’origine du mot chaste. Je vais ainsi montrer que ce mot a une actualité tout à fait considérable aux yeux des chercheurs en sciences humaines. En effet, l’étymologie nous apprend que le mot chaste vient du mot latin « CASTUS ». Or vous savez qu’en latin pour construire le contraire d’un mot, comme en français d’ailleurs, on met « IN » devant. Par exemple, en français, pour dire qu’une matière ne peut pas être enflammée on dira : « ININFLAMMABLE ». Eh bien, de même en latin, le contraire de « CASTUS » qui a donné le mot CHASTE deviendra le mot latin « INCASTUS ». La traduction française du mot « INCASTUS » signifie « INCESTUEUX ». Serait donc chaste une personne qui ne serait pas incestueuse. Vous allez me dire enfin où voulez-vous en venir? Eh bien tout d’abord ceux parmi vous qui ont fait des études en sciences humaines savent combien l’interdit de l’inceste est la base même de la structuration de la personne. Tous les ethnologues, tous les psychanalystes nous ont appris qu’un petit enfant ne peut devenir un adulte équilibré que si l’interdit de l’inceste lui a été signifié convenablement par son entourage. Alors cela peut paraître à certains d’entre vous, pour le moment, tout à fait abstrait. Aussi essayons de comprendre en termes plus simples. 

Être chaste, c’est tenter de sortir de la relation incestueuse que nous avions au début de notre existence. Expliquons-nous.

Au point de départ de notre existence, il y a eu quand nous étions dans le ventre de notre mère, un monde tout à fait étonnant; qui était un monde de véritable confusion où l’enfant était en état de coïncidence totale avec son origine qu’est sa mère. Si vous voulez, le petit enfant que nous étions ne savait pas encore qu’il existait autre chose que lui-même. Il n’avait pas la conscience de la différence entre sa mère et lui. Il était dans un monde que l’on pourrait qualifier de fusionnel, un monde où il n’y aucune différence. Un monde où tout est dans une sorte de confusion. Si nous utilisions un terme biblique nous dirions volontiers que ce monde-là était un monde de «tohu-bohu» comme l’état primitif du monde, dans le premier chapitre de la Genèse. Ainsi, au point de départ de chacune de nos vies il y a ce monde fusionnel ou encore « incestueux » entre nous et notre mère.» 

Quelques caractéristiques de ce monde fusionnel

1) La première de ces caractéristiques est d’être un monde où n’existe aucune différence, puisque justement une différence c’est quelque chose qui brise la confusion. Il y a notamment ce monde fusionnel, c’est un monde où n’existe pas les deux plus grandes différences qui marque nos vies. D’abord la différence de temps. Vous savez très bien qu’être adulte c’est prendre à bras le corps la durée. C’est découvrir qu’il y a un temps pour toute chose, qu’il faut une profonde patience pour se construire. Dans ce monde c’est un monde sans différence de temps. Mais c’est un monde aussi sans différence d’espace ou mieux encore sans perception de la différence de l’autre qui est en face de moi. Le petit enfant dans le ventre de sa mère et même dans les premiers temps de sa mise au monde ignore encore vraiment qu’il y a quelqu’un d’autre dans l’espace face à lui. Donc première caractéristique de ce monde fusionnel, c’est un monde sans perception de la différence de temps et de l’autre. 

2) Deuxième caractéristique, c’est un monde sans faille. En effet, une faille suppose une rupture, une différence. Il y a les deux côtés de la faille. Eh bien, le monde fusionnel est un monde sans faille. Notamment on y a l’illusion que l’échec qui est une faille dans mes projets n’existe pas et ne peut pas exister. C’est aussi un monde de coïncidence totale avec l’autre puisque c’est un monde de fusion. 

3) Enfin, troisième caractéristique, c’est un monde de totale puissance, le sujet dans le ventre de sa mère ou le petit nourrisson ignorant encore qu’il existe d’autre personne que lui qui vont faire partie obstacle à ses désirs, eh bien, ce nourrisson vit dans l’illusion qu’il est tout-puissant. 

Voilà donc le monde qui marque nos vies à l’origine. J’en redis les caractéristiques fondamentales; c’est un monde sans perception de différence de temps et de l’autre, un monde coïncidence, un monde sans faille ou encore de purisme, un monde de toute-puissance. 

Ce monde, il nous travaille de l’intérieur comme un véritable rêve ou comme un paradis perdu. Précisément devenir un adulte, un être humain c’est accepter de quitter ce monde que j’ai qualifié d’incestueux, de le quitter afin de s’inscrire dans le tissu social où je vais découvrir qu’il y a l’autre en face de moi, où je vais découvrir la possibilité de communiquer, où je vais découvrir la plus grande des communications qu’est l’amour. Ainsi notre vie passe (au point de départ et finalement à chaque instant, car ce travail est à recommencer chaque jour) notre vie passe par un renoncement. Vivre c’est renoncer à ce monde incestueux du départ de notre existence pour trouver peu à peu la joie de la communication avec les autres. 

Précisément, la chasteté, dont nous avons appris par l’origine des mots latins qu’elle était le contraire du mot incestueux, c’est donc faire de notre sexualité un usage tel qui nous permet peu à peu de quitter ce monde incestueux de notre origine avec chacune de ses caractéristiques. La chasteté c’est donc renoncer au monde incestueux pour trouver avec notre sexualité, avec notre dimension masculine ou féminine, la capacité de nous inscrire peu à peu dans des relations humaines. 

Une première application concrète

Nous avons dit en effet qu’une des caractéristiques de ce monde incestueux qu’il s’agit de quitter était d’être un monde où il n’existait pas de faille et où, notamment, n’existait pas le sentiment d’échec. Eh bien, être chaste sera dans la domaine de la vie sexuée, être capable d’assumer lentement, les failles de la vie et les échecs inévitables qui nous attendent. Plus concrètement cela veut dire que la chasteté nous rend capable d’assumer les inévitables déceptions qui arrivent dans nos relations humaines, dans nos amitiés, dans nos relations amoureuses. La chasteté casse ce rêve d’un monde puriste, d’un monde sans faille et me rend capable d’aimer. Or aimer c’est toujours passer du «Je t’aime parce que …» au «Je t’aime parce que et bien que …» L’amour est toujours une capacité d’accueillir l’autre malgré les déceptions qu’il ne manque jamais de m’apporter. L’amour est toujours un amour « bien que ». «Je t’aime bien que tu m’aie déçu…»; «Je continue de t’accueillir bien que tu n’aies pas répondu à toutes mes attentes …» On voit ici combien la vertu de chasteté va jouer dans toutes les relations humaines et même dans notre relation, à la fois, à notre vie religieuse ou encore à notre vie presbytérale, car souvent nous avons idéalisé notre foi, notre vie religieuse. A l’instar des disciples d’Emmaüs qui avait idéalisé Jésus. Ne disaient-ils pas de lui « Nous pensions que c’était le libérateur d’Israël » et voilà qu’ils doivent découvrir que, suivre le Christ c’est être capable de l’aimer alors même que sa vie terrestre a été relativement décevante. 

Ainsi être chaste, renoncer à un monde sans faille, c’est être capable d’intégrer la déception. 

Être chaste, c’est également comprendre dans le domaine de la sexualité que la sainteté ne se confond pas avec la perfection. Qu’est-ce que serait qu’être parfait dans le domaine de la sexualité? Ce serait être quelqu’un qui aurait une sexualité parfaitement en place, si tant est, d’ailleurs, que l’on sache ce qu’est une telle sexualité. Or précisément la vie humaine nous apprend que la sexualité parfaite n’existe nulle part. Ce qui est normal dans le domaine de la sexualité, nous apprennent les psychologues, a toujours quelque parenté avec ce qui est anormal. La vie sexuelle comme toutes les réalités de nos vies est parcourue par des échecs, par des failles parfois dépassables grâce à un effort soutenu de la volonté mais aussi, parfois, indépassables tant les racines de ces failles sont lointaines dans notre enfance. 

La chasteté me fait comprendre alors que je peux être marqué par des failles dans le domaine de la sexualité. Failles qui m’habitent malgré moi; masturbation irrésistible, tendance homosexuelle excessivement importante, difficulté à me stabiliser dans une relation fidèle, peur de la femme, peur de l’homme, peur d’aimer, etc. Eh bien, la chasteté me fait découvrir que je peux être imparfait dans le domaine de la sexualité et pourtant devenir par le don de Dieu un saint. Car la sainteté ne consiste pas à être parfait, elle consiste à tenter de dépasser par l’action de l’Esprit Saint nos failles et quand celles-ci sont indépassables, à les situer pour laisser Dieu mener son combat en nous dans la certitude qu’il nous aime tel que nous sommes. 

être chaste, c’est renoncer à un monde sans faille, à un monde de purisme, c’est être capable d’assumer la déception, c’est ne point confonde sainteté et perfection.

Deuxième application très concrète. La chasteté permet de renoncer à un monde sans différence. 

Je verrais deux applications immédiates de cette prise en compte de la différence de mon prochain. 

Tout d’abord être chaste c’est se refuser tant dans le domaine de la vie communautaire que de la vie amicale ou amoureuse, c’est se refuser à la volonté de transparence. Si cette volonté signifie vouloir tout dire de soi, vouloir tout savoir de l’autre, ne plus avoir à la limite de jardins secrets, la transparence, c’est toujours une quête du monde perdu de nos origines qu’il faut savoir quitter pour bien vivre. En réalité la volonté de transparence conduit toujours à l’angoisse et à la violence. Car pour être heureux dans nos relations humaines il faut toujours être trois : l’autre, moi et le manque; ou si vous préférez, l’autre, moi et le mystère de chacun. 

Vous savez, la solitude n’est pas l’apanage des célibataires. Ce qui est souvent l’apanage des célibataires, c’est le mauvais isolement. Mais la solitude en réalité est nécéssaire pour vivre bien, même dans une amitié, même dans un couple, même dans une communauté. La chasteté se refuse donc à la transparence et prône, par contre, la communication. Celle-ci nécéssite très souvent la médiation d’une réalité tierce, une troisième réalité entre les deux partenaires qui communiquent. Cette réalité peut être une activité faite en commun, un livre lu chacun de son côté, des loisirs pris ensemble, un souci apostolique partagé, la lecture commune de passages bibliques, etc. Oui, pour communiquer dans la durée il faut finalement être trois : l’autre, moi et une réalité culturelle qui sert de médiation entre l’autre et moi. 

Être chaste c’est aussi (toujours dans le domaine du respect des différences de l’autre), c’est aussi faire un bon usage de la séduction. 

Vous connaissez sans doute l’origine du mot séduction, cela vient du mot latin SE DUCERE, c’est à dire conduire à soi. La séduction c’est cette dimension de moi-même qui fait que l’autre va être conduit vers moi. Alors on voit les chances et les risques de la séduction. Chances puisque la séduction est indispensable afin de permettre que l’autre s’intéresse à moi et que je m’intéresse à lui. Mais en même temps, risques, parce que je peux me servir de l’autre pour colmater mes désirs, pour saturer mon affection, pour vivre avec lui une relation indifférenciée qui finalement ne prend pas au sérieux sa liberté. La chasteté, au contraire, prenant acte de la différence de l’autre va permettre de constituer des relations par un bon usage de la séduction. 

Je ferai remarquer que tous sans exception nous avons des pouvoirs de séduction. Pour les uns ce sera évidemment la beauté physique, le charme et pour d’autres ce peut être la qualité de l’intelligence, la délicatesse de sentiments, la serviabilité, que sais-je encore! Faisons donc tous un inventaire de nos pouvoirs de séduction. Et cherchons la façon dont nous utilisons ces pouvoirs. Est-ce que je les utilise pour permettre à la liberté de l’autre de grandir? Ou, au contraire, est-ce que je les utilise pour enfermer l’autre dans mes désirs? Voyez la chasteté c’est d’abord dans ce domaine qu’elle se joue et pas seulement comme on croit trop souvent dans le domaine de la mise en oeuvre des actes génitaux. 

Combien de chrétiens ne se croient-ils pas chastes parce que célibataires, ils ont évité d’avoir des relations sexuelles ou de se masturber, alors qu’en réalité ils utilisent leur pouvoir de séduction pour enfermer les autres. Quand je vis une amitié, quand je suis éducateur, ou pasteur, quand je suis religieuse soignante, quand je suis en relation avec quelqu’un , quand je suis parent, j’ai toujours à tenter de vivre mes pouvoirs sexués de façon à rendre l’autre plus autre que moi-même, plus différent que moi, tout en essayant de garder la communication avec lui. 

Si je me permet de jouer sur les mots et même de créer un nouveau mot un peu compliqué, un peu barbare, j’oserais dire que le manque de chasteté altère l’autre, abîme l’autre. Tandis que la vraie chasteté altérise l’autre, du mot latin « ALTER » qui signifie «autre», la vraie chasteté rend l’autre plus autre que moi-même. 

La première question à se poser quand nous essayons de juger de la qualité de nos vies sexuées dans nos relations humaines, est la suivante :

Est-ce que ma façon de vivre ma sexualité, ma condition masculine ou féminine, par mon corps, par mon cœur, par mes sentiments, par mon être, est-ce que cette façon altérise l’autre, c’est à dire contribue un peu à sa liberté ou est-ce qu’elle l’enferme?

On voit dès lors qu’il arrive que l’on soit parfaitement continent dans une relation et que pourtant l’on ne soit pas chaste. Ainsi la chasteté contribue à promouvoir la liberté de l’autre. 

Je viens donc de dire que la chasteté, c’est prendre au sérieux la différence de l’autre. Mais j’expliquais plus haut, qu’une deuxième grande différence marque nos vies, à savoir la différence de temps. En fait devenir un être adulte c’est prendre le temps à bras le corps. Devenir une femme ou un homme, c’est très très long. Nous avons la lenteur de nos vies qui se déroule à assumer. La chasteté va toujours de pair, comme nous le montre les spirituels, avec la patience. Car la sexualité ce n’est pas un donné comme on le croit trop souvent. La sexualité c’est un devenir, c’est à dire qu’elle se déroule en partie grâce à l’effort de ma volonté, mais aussi malgré les efforts de ma volonté. 

Les sciences humaines nous ont en effet appris que la sexualité est certes faite de progression mais aussi parfois sous le coup de certaines épreuves, de régression, de fixation à des étapes plus ou moins immatures ou plus ou moins difficiles et puis quelquefois de nouveau de progression, etc. Bref, la sexualité ça bouge, c’est un DEVENIR. La sexualité est une tâche et un devenir parfois tumultueux. Que de fois n’ai-je pas entendu des personnes me dire : «Ah si j’avais pu deviner il y a 20 ans que j’en serais là aujourd’hui dans le devenir de ma sexualité, vraiment jamais je n’aurais cru que j’en serais là! …» Combien de religieux, religieuses ne se retrouvent-ils pas après 15 ans ou 20 ans de vie religieuse, à vivre des difficultés sexuelles d’ordre masturbatoires, à vivre des amitiés mal contrôlées, à vivre une sexualité avec quelques bizarreries sexuelles qui les laissent parfois tout désarçonnés tout dépités devant eux-mêmes. Précisément, la chasteté comme prise en compte de la différence du temps, permet de vivre sans désespérance la lenteur de nos évolutions sexuelles et ces éventuels retours …

Notamment, la chasteté m’apprend à distinguer ce qui est de l’ordre du refus explicite et volontaire de Dieu, finalement du péché dans mes transgressions sexuelles et ce qui est de l’ordre de mes limites humaines, les philosophes diraient de ma finitude. la chasteté me permet de découvrir que tout raté de la vie sexuelle n’est pas systématiquement un péché. 

Dans une formule un peu lapidaire, on pourrait dire que si tout péché contre la chasteté est une transgression sexuelle, toute transgression sexuelle n’est pas un péché. Ainsi la chasteté aide à assumer l’évolution de la sexualité et elle me permet ainsi de passer de l’humiliation à l’humilité. L’humiliation c’est quoi? C’est la dépréciation de soi-même, je suis dépité, j’ai une mauvaise image de moi, je me déçois. L’humilité au contraire c’est la sereine reconnaissance devant Dieu de ma réalité dans toute sa complexité et son ambiguïté. La chasteté parce qu’elle rend patient dans le domaine de la sexualité me permet de mieux comprendre les failles éventuelles qui m’arrivent dans le devenir de ma sexualité et du coup de mieux passer de l’humiliation, de l’auto dépréciation qui est toujours teintée d’orgueil et de narcissisme, de mieux passer de l’humiliation à la véritable humilité. 

Troisième application concrète : c’est que être chaste conduit à renoncer à un monde de toute-puissance

Nous avons dit tout à l’heure que dans le monde qui est le nôtre au départ de notre existence il y a une illusion de toute-puissance. Alors concrètement qu’est-ce que ça veut dire? que veut dire renoncer à un monde de toute-puissance dans le domaine des relations sexuées? Eh bien, tout d’abord, cela permet d’accepter les amitiés saines qui se présentent. Je m’explique. Le voeu de toute-puissance qui nous habite nous fait parfois rêver de vouloir donner et uniquement donner. Or uniquement donner c’est finalement imposer son don à l’autre. La chasteté comme lutte contre la toute-puissance, fait découvrir que tout amour, toute amitié est toujours une articulation de don et d’abandon. Il y a toujours une sorte de laisser faire, un lâcher prise dans le domaine de la chasteté. Être chaste c’est donc savoir accueillir en se démaîtrisant partiellement dans les amitiés qui se présentent.

Si telle personne avait refuser volontairement et lucidement le don de l’amitié. je crois qu’il faudrait dire alors qu’elle a manqué de chasteté. Par contre, il arrive que certaines personnes, malgré les efforts renouvelés pour se créer des amitiés et à cause d’un certain nombre de problèmes psychologiques qui les habitent, se voient contraintes de rester dans un douloureux isolement qui les accablent. Il en est comme si les autres refusaient de répondre à leurs appels implicites pour nouer des relations amicales. Il est sûr alors que cet isolement n’est pas le résultat d’un manque volontaire de chasteté, n’est pas le résultat du péché. Il est plutôt un très dur problème, un mal profond. Aussi ces personnes ont-elles droit au respect le plus grand possible de notre part. Car finalement il n’est peut-être pas pire difficultés que de souffrir dans la mauvaise solitude. 

Donc, renoncer à un monde de toute-puissance c’est accepter les amitiés. Mais c’est aussi se situer convenablement par rapport au trouble. Il est très important de réfléchir au trouble. Car c’est une expérience commune de nos vies sexuées. 

Le trouble, c’est cet ébranlement de tout mon être qui se traduit par des réactions physiologiques venant de l’excitation par un stimulus interne par exemple : l’imagination érotique ou encore par un stimulus externe, par exemple : la vue de telle personne ou de telle image.

Le trouble, il faut bien le reconnaître, nous gêne quelque fois parce qu’il est une expérience de non toute-puissance, de dépendance. Réfléchissons, quand je suis troublé par quelqu’un, quand mon corps réagit malgré ma volonté, eh bien il n’y a plus moyen de se prendre pour un Dieu, et je dirais même pour un ange. Je suis obligé de constater que cette personne qui est devant moi, que cette imagination, que ce parfum, que cette vue de telle partie du corps de l’autre … eh bien, tout cela déclenche en moi une réaction, malgré moi. Ainsi, le trouble est une expérience de notre condition de créature. C’est pourquoi la tentation de toute-puissance qui nous habite sera de dire : «Ne soit plus troublé». Et l’on construit alors sa vie de chasteté sur la volonté de fuir le trouble. Or cette volonté me paraît à la fois vouée à l’échec et génératrice de difficulté de vie et même de problèmes psychiques. 

La vraie chasteté qui est « acceptation de la non toute-puissance » n’a pas pour but, comme on le croit souvent, de supprimer tout trouble. La véritable chasteté permet de situer le trouble qui nous arrive, de le situer comme un appel à reconnaître notre condition de créature. Bien sûr, la chasteté ne cherche pas à provoquer le trouble, à aller au devant du trouble, mais quand le trouble survient, elle essaie de le situer avec un certain humour comme un signe que l’on est profondément créature limitée. 

[…]

Enfin, la chasteté permet comme « expérience de la non toute-puissance » de se situer convenablement par rapport aux différents plaisirs qui m’atteignent. Vous savez combien l’Église a toujours eu du mal à se situer par rapport au plaisir. Réfléchissons quelques minutes sur cette réalité importante de nos vies. Le plaisir comme le trouble est une expérience de non toute-puissance, puisque c’est une expérience de démaîtrise.

Quand je jouis, ma volonté perd sa maîtrise pendant quelques instants. Jouir c’est se démaîtriser, et finalement c’est avoir foi en l’autre, en soi-même, en son corps. La chasteté permet donc d’accueillir les plaisirs sains. Je dis les plaisirs sains. Car il peut arriver qu’une tentation inverse de celle du refus de la démaîtrise se produise devant le plaisir. Car curieusement le plaisir est aussi une expérience de sortie de ma condition habituelle de créature. Les jeunes qui parlent l’argot disent : « Je m’envoie en l’air ». Quand je jouis, en effet, pendant quelques minutes j’ai le sentiment de dépasser mes limites. Tant et si bien que je peux m’imaginer ne plus être vraiment marqué par les limites du temps et de l’espace. La tentation se fait jour alors de suraccumuler les plaisirs pour oublier ma condition de créature. Ainsi la chasteté va permettre de me défier des deux tentations inverses attachées au plaisir : la tentation de suraccumuler pour me faire comme un Dieu, et la tentation de fuir tout plaisir pour oublier que je suis créature limitée. 

Une dernière caractéristique

La chasteté permet dans le domaine de notre vie affective de refuser, mais refuser de coïncider avec notre origine qu’est Dieu. Au début de cet exposé j’ai expliqué que le monde fusionnel de notre enfance, c’est un monde de coïncidence avec notre origine. Ce que je vise ici, ce sont toutes ces relations pseudo-spirituelles ou pseudo-mystiques avec Dieu, où Dieu est en fait vécu comme un substitut de notre réalité perdue qui est notre mère. Ainsi à chaque fois qu’une spiritualité se vit sous le mode « Ne … Que … » : « Il n’y a que Dieu dans ma vie » ou encore « Dieu me comble » ou encore « Dieu me suffit », eh bien, chaque fois, une telle spiritualité n’est que la prolongation de ce monde fusionnel de mon origine.  La chasteté me fait donc découvrir qu’en réalité la joie en Dieu ne me comble pas, mais au contraire qu’elle me creuse, qu’elle creuse mon désir de l’autre. Avec Dieu aussi on est toujours trois : Dieu, moi et le mystère. Je terminerai en donnant une définition assez descriptive de la chasteté.

est chaste une personne qui sous l’action reconnu du Saint Esprit tente de vivre sa sexualité de façon à construire sa relation aux choses, aux êtres, dans la reconnaissance des différences qui la structurent.

La chasteté se présente comme une tentative à recommencer chaque jour. On n’est pas chaste, on devient chaste et ce jusqu’à notre mort. Vous avez pu remarquer aussi que la chasteté se vivait sous la reconnaissance de l’Esprit Saint qui nous libère. En ce sens, on rejoint la grande tradition chrétienne qui a toujours établi un lien entre la chasteté et la dévotion à la Vierge Marie. 

En effet, selon ma définition, la chasteté est une vertu qui a une structure mariale. Elle est un don de l’Esprit en nous. Je crois aussi que Marie est un modèle de chasteté en raison des liens d’affection altérisant, comme je disais tout à l’heure, ou si vous préférez libérateur, en raison des liens d’affection libérateurs qu’elle a entretenus avec son entourage et notamment avec son Fils. 

Regardons, par exemple, comme son amour maternel sexué a été vécu de façon qu’il a permis à son Fils d’accomplir sa mission dans la fidélité à son Père. Regardons comment Marie a su accompagner son Fils jusqu’à la croix et assumer les profondes remises en question de ses rêves que la forme de la vie de son Fils a dû lui apporter. Voilà que celui dont l’ange lui avait dit qu’il serait appelé Fils du Très Haut, eh bien voilà que Celui-là est en train d’agoniser sur une croix comme les exclus auxquels la société croient si peu qu’elle préfère les condamner à mort. Et pourtant, Marie est là avec son amour maternel, croyant toujours en son Fils, acceptant de l’accompagner dans la liberté de son choix de Messie. Quelle affection chaste! Demandons donc à Marie de nous obtenir le don d’une véritable chasteté, cette vertu qui conduit à vivre nos affections de façon libérante.

Mariage : un chrétien peut-il épouser une personne de religion musulmane ?

Sur Alateia, on me signale un article sur le mariage mixte christiano musulman vu du côté catholique. Effectivement, il me semble intéressant d’en donner une lecture commentée. Comme habituellement,
les mises en gras
et les
commentaires en rouge
sont de moi.


Tout d’abord j’invite mes fidèles lecteurs à regarder la légende de la photo. « Smiling Islamic couple ». Il ne s’agit pas ici d’une photo d’un mariage christiano-musulman, mais bien sûr d’un mariage musulman. On ne sait pas si le jeune homme a du se convertir pour épouser la charmante demoiselle, ou bien s’il est Musulman « d’avant ». Notons une chose essentielle : dans l’Islam, la question du mariage mixte ne se pose pas, dans 90% des cas, dans ces termes. Le plus souvent, c’est la partie (ex) catholique à qui il est demandé de se convertir, même si c’est proposé de façon purement formelle : pas question de passer trois années de catéchuménat, le passage devant l’Imam, avec la récitation de la « shahada » (« J’atteste qu’il n’y a de Dieu que Dieu, et j’atteste que Mahomet est l’envoyé de Dieu »). Cette « shahada » étant ânonnée en arabe par la personne concernée, il n’y a pas une conscience profonde de quitter une foi chrétienne qui n’est certainement pas assurée au moment de cette « conversion ». Notons enfin que la plupart des « conversions » à l’Islam en France se font par ce moyen, et que cette conversion ne tient pas l’épreuve du divorce, bien sûr. Notons enfin que la conversion est obligatoire en ce qui concerne la partie musulmane : si la mariée est musulmane (et que la famille est convaincue de l’Islam) alors il faut impérativement que le marié devienne musulman. L’inverse n’est pas vrai. Si le marié est Musulman, alors la mariée pourrait (en théorie) rester chrétienne. Mais il y a de nombreux exemples où ça tourne mal, l’exemple le plus effrayant étant bien sûr le livre de Maria S. « mariée à un Musulman, aux éditions de l’œuvre :


On lira avec profit le compte rendu de ce livre ici :
http://islamclairetnet.com/index.php?option=com_content&view=article&id=265&lang=fr

 

 

S’il est fondamental que les fiancés soient conscients des difficultés qu’ils devront affronter, ils pourraient aussi constituer un symbole de réconciliation.

L’attitude de l’Église vis-à-vis de l’islam, exprimée dans les documents du Concile Vatican II (cf. Lumen Gentium, 16 ; Nostra Aetate, 3), ne l’empêche pas d’être consciente du fait que la différence de foi et de contexte social et juridique entre les pays de culture chrétienne et musulmane peut créer de graves problèmes au quotidien. Quid de la cohabitation matrimoniale et à la plénitude de la vie conjugale, de même que de l’exercice du droit et de l’accomplissement du devoir d’éduquer les enfants dans la chrétienté (cf. canons 1055 § 1 et 226 § 2) ?

C’est pourquoi l’Église a établi des empêchements aux mariages mixtes du fait des difficultés qu’ils impliquent presque toujours, et parce qu’ils empêchent l’intime communion entre les conjoints.

Lorsque le législateur canonique exige, de celui qui demande une dispense pour se marier avec une personne de religion musulmane, la promesse de faire ce qui est en son pouvoir pour que ses enfants soient baptisés et éduqués dans la foi catholique, il est conscient de la difficulté de maintenir cette promesse. Car elle sera confrontée au quotidien non seulement aux devoirs religieux du musulman pratiquant, mais également, lorsque la partie musulmane se trouve être l’homme, aux dispositions juridiques qui dans le droit musulman obligent l’enfant à suivre la religion du père.

Attitudes et orientations pastorales générales

Tous ceux qui doivent traiter pastoralement ces cas ont besoin, face à l’islam et aux musulmans, d’une attitude de connaissance qui les libère des topiques traditionnels, et en même temps de responsabilité pour respecter et découvrir le projet de Dieu dans d’autres chemins religieux que le chemin chrétien.

« L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. » (Nostra Aetate, 3).

[Il y a bien sûr ici une très grande confusion par rapport aux enseignements du Concile Vatican II, que ne semble pas percevoir l’auteur de cet article. Le Concile n’a jamais affirmé le « projet de Dieu dans d’autres chemins religieux que le chemin chrétien. Comme si il y avait une volonté positive de Dieu par rapport à l’Islam. Il faut rappeler ue chose aux Chrétiens, et de façon énergique. Dieu ne veut pas qu’il y ait des Chrétiens, des Juifs, des Musulmans… Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, et qu’ils commencent dès cette vie à rencontrer le Christ dans les Sacrements. C’est la finale de l’Évangile de S. Matthieu. C’est notre mission à nous de Chrétiens. Le plan de Dieu, il est simple et ne change pas. Notre mission à nous Chrétiens est bien d’annoncer l’Évangile aux Musulmans, et certainement pas à les aider à être de bons Musulmans. L’idée qu’il faut qu’il y ait « plusieurs religions monothéistes » ou plusieurs « religions du livre » est une idée spécifiquement musulmane. La citation proposée ici de Nostra Aetate est pour illustrer ce propos dangereux est justement contraire à ce qu’enseigne le Concile et que manifestement on ne veut plus lire. L’Église regarde avec estime les Musulmans… Pas l’Islam. Nuance extrêmement forte. Qu’il faut souligner absolument. Pour souligner encore plus cette idée, il faudrait aussi relire come il faut Lumen Gentium 16. Qui veut dire proprement exactement l’inverse et dans des termes non seulement choisis mais encore très durs tous ceux qui seraient tentés par cette amorce de relativisme. Mais ce Concile n’est toujours pas reçu au XXIème siècle.]

Les pasteurs doivent surtout faire preuve de tact et d’audace, fruit de la plus grande charité, pour reconnaître les exigences réciproques et les traits spécifiques (culturels, religieux, juridiques et pédagogiques) de ces mariages, allant jusqu’à les déconseiller fortement si les faits l’imposent. Le tout accompagné d’une grande miséricorde pour comprendre, accueillir et collaborer à chaque cas concret. [Les critères sont relativement simples : la partie musulmane est elle sur un chemin pouvant mener vers le catéchuménat et le baptême ? Si oui, il est envisageable de célébrer un mariage, qui sera probablement valide. Si non, il y a fort à parier que la déclaration d’intention des époux ne repose pas sur des critères objectifs permettant de ne pas déclarer ce mariage nul à terme. Il faut donc savoir prendre le recul suffisant et précisément, comme l’évoque l’article avoir l’audace… de l’Évangile. ]

Attitudes particulières en vue du discernement et de la préparation

À côté de l’accueil, le service le plus important que l’on peut offrir aux parties dans le processus du dialogue pastoral est de permettre à chacun de prendre conscience, de façon loyale, sereine et conjointe, des distances personnelles, culturelles et religieuses qui les séparent, et qui demeureront parce qu’elles ne peuvent être complètement dépassées. [Si : ces différences religieuses peuvent être dépassées. Il ne faut pas s’interdire, lorsqu’un tel cas se présente au plan pastoral de faire envisager à la partie musulmane une conversion au christianisme. Par contre, effectivement, les questions culturelles demeureront à coup sûr. C’est faisable, il ne faut pas en avoir peur. Notamment en parlant de façonconcrète, àcce couple de fiancés qui s’aime, de la vision chrétienne du mariage, qui justement est quelquechose qui est à la fois exigeant et magnifique. Il faut reprendre le CEC et potasser son Jean-Paul II…] Il est d’une nécessité cruciale pour la solidité future du mariage que les deux futurs conjoints prennent la mesure de la façon la plus objective possible des difficultés qui se présenteront inéluctablement à eux, à plus forte raison lorsqu’ils auront des enfants.

Il est important que le chrétien sache que, dans un environnement musulman, l’amour entre l’homme et la femme n’a ni la même forme, ni la même expression que dans la conception traditionnelle de l’Occident chrétien. [Précisément, nous avons eu depuis Jean-Paul II une véritable théologie de la conjugalité. Qui est doctrinale et pas seulement culturelle. Qui peut aller au-delà de la question culturelle, pour saisir, toucher, communier avec la Vérité, qui rend livbre et qui est le Christ. Avons nous un minuimum de foi pour la proposer à nos amis Musulmans ?] La partie musulmane, en dépit de ses efforts d’adaptation à la langue et à la culture occidentale, continuera à être normalement et légitimement conditionnée par ses propres catégories religieuses et socioculturelles islamiques, si bien que les conceptions occidentales chrétiennes de la famille risqueront de la désorienter, l’empêchant ainsi de comprendre dans leur globalité la sensibilité et les réactions de son conjoint ou conjointe et de son environnement. [Il est extrêmement dérangeant dans cet article de constater qu’il y a une sorte de polarisation entre d’une part la « culture occidentale » et la « culture islamique » et d’autre part la doctrine chrétienne et la doctrine musulmane. Les choses ne sont pas par principe, figées. La difficulté culturelle est d’ailleurs au quotidien la plupart du temps beaucoup plus difficile à gérer que la difficulté religieuse, pour peu qu’on prenne réellement les moyens d’une annonce de l’Évangile à la partie musulmane. D’ailleurs le fait même que la partie musulmane envisage de rencontrer un prêtre pour une préparation à un mariage religieux est en soi une perche tendue vers l’acceptation de l’Évangile et la mise en route vers une vie chrétienne. Pourquoi cet article ne le mentionne t’il pas ?]

D’un autre côté, habitué à l’accueil, à l’hospitalité traditionnelle et aux nombreuses visites à la famille et aux proches, le musulman acceptera difficilement les comportements actuels de réserve, d’individualisme ou d’apparent recul que l’on peut observer dans la société occidentale, en pouvant également les interpréter comme du mépris. [La question n’est pas que dans un sens, rappelons le et cessons d’avoir un discours qui promeut la haine de soi : les Musulmans sont également au point de vue doctrinal très méfiants vis-à-vis des Chrétiens accusés du péché de Shirk, traduit soit en « associationnisme soit en polythéisme, un péché qui est regardé comme impardonnable par Dieu. Évidemment, si la partie musulmane n’est pas « vraiment » croyante, la question se pose en d’autres termes. Par contre si elle l’est, l’expérience montrera que justement, il y a beaucoup plus de gestes d’accueil du côté chrétien que du côté musulman. Ne confondons pas tout.]

Une fois le discernement effectué, si le couple décide de façon consciente et mature de poursuivre sa démarche, il devra faire preuve d’une créativité très spéciale, ce qui constitue déjà en soi un grand enrichissement. Ils devront inventer un style de vie propre qui devra, plus encore que pour les autres couples, faire appel aux qualités essentielles du cœur, comme la compréhension, la délicatesse et la patience, mais surtout d’un amour de grande qualité. [Évidemment, tout ce qui est mentionné ici concerne en réalité tous les couples, qu’ils soient Chrétiens, Musulmans ou athées. Cela n’apporte rien au débat, et n’éclaire pas la question.]

Pour célébrer le mariage chrétien avec disparité de culte, il est indispensable que la partie musulmane soit consciente, et de façon très précise, des exigences que comporte le mariage, en abandonnant certains éléments permis par la loi islamique (divorce, polygamie…), qui n’ont rien de strictement incompatible avec l’islam.


Bien que le succès de ces mariages soit très problématique et exige (nous ne nous le répéterons jamais assez) une préparation très sérieuse et engagée, [… une préparation.. au baptême de la partie musulmane. En fait oui, c’est ça. Il n’y a pas vraiment d’autre possibilité si l’on désire réellement le bonheur du couple et un mariage valide.] lorsque ceux-ci se réalisent suivant les garanties adéquates, ils peuvent être très féconds. Cela peut être l’occasion sur le plan religieux d’un réel approfondissement de la dimension religieuse personnelle. [Il peut en effet être extrêmement riche pour la partie chrétienne de comprendre, au moment de l’enseignement catéchétique du futur conjoint non baptisé de ce qui fait spécifiquement la beauté de la foi chrétienne, qui n’est évidemment pas une espèce de déisme vague. Le fait même d’être confronté pour la partie musulmane à un message de salut tel qu’il est dans l’Évangile et non pas tel que prétend le décrire l’Islam et le Coran pourra être une illumination qui changera pour toujours la perception du couple lui-même, sur sa relation de couple à Dieu, et évidemment sur sa relation à l’autre.] Il serait bien dommage d’éluder ce devoir en se réfugiant dans l’indifférence. [Pire : on ne voit pas comment faire pour enseigner ce qu’est le mariage chrétien sans parler de la dimension doctrinale de la conjugalité. Si on reste dans l’indifférence, il est plus que probable que la célébration de ce mariage ne sera tout simplement pas valide.] Au contraire, ce sera par un parcours spirituel et une plus grande fidélité en tant que croyants que les jeunes époux pourront trouver la force et la certitude de mener à bien leur projet commun. [Je suis d’accord avec cette dernière phrase tout en étant conscient de ne pas arriver aux mêmes conclusions que l’auteur…]

Cette rencontre et confrontation islamo-chrétienne peuvent être source d’une plus grande exigence, qui invite le couple à se tourner ensemble vers l’essentiel : Dieu, qui au-delà de tout ce que les discours humains pourront dire à cet égard. [Pour rappel : se tourner vers, en latin, se dit « convertere ». Il est certain que la préparation au mariage devra permettre la conversion des deux fiancés, pas seulement celle de la partie musulmane qui formellement recevra le baptême…]Le mariage mixte, par ailleurs, confère au dialogue islamo-chrétien une autre dimension, plus étendue que les rencontres d’experts, parce qu’il s’enracine dans la pleine réalité humaine, à travers la vie quotidienne et se multiplie dans de nombreuses familles. [Ou pas. Il y a des exceptions, bien sûr, qui sont très intéressantes. Mais en aucun cas ces cas ne peuvent être exemplaires. Il y a trop d’occasions d’évangélisation sur ce sujet, qui n’ont malheureusement pas été saisies. Et cet article est précisément exemplaire, quant à lui, du « baisser de bras » pastoral de l’Église catholique vis-à-vis de l’Islam. La foi ne vient pas seulement d’une motion intérieure, d’une sorte de mystique complètement désincarnée. La foi vient de ce que l’on entend (Rom 10,17). Le Christ a désiré passer par la médiation humaine pour annoncer Son salut… Nous ne savons pas répondre à ce désir. Il nous en sera tenu compte au dernier jour (« fi yawmi – l – akhir », comme disent les Musulmans)]

Ces mariages, concrétisés de façon sérieuse, sont un signe de réconciliation possible entre les peuples, entre les races et les religions, et ils représenter être un enrichissement pour les communautés humaines et religieuses en témoignant du fait que les particularismes, les visions étriquées et les racismes de n’importe quel type peuvent être dépassés. [Ces dernières phrases sont d’une inconséquence coupable. Il faut savoir regarder au-delà des bons sentiments. L’Égypte a été islamisée précisément par des mariages mixtes. La question ne date pas du XXIème siècle. Ces mariages sont une magnifique occasion précisément d’aller contre le racisme et les barrières culturelle. Mais le plus grand racisme, notamment pour les populations d’origine musulmane qui viennent en France n’est il justement pas de leur refuser ce que la France a de plus beau, depuis 497, à savoir : les sacrements de l’Église par lesquels les fidèles touchent Dieu lui-même ? Précisément, on me demande mon avis, je le donne : cet article a précisément une vision très étriquée de la réalité interculturelle en France.] Et il est souhaitable que certains mariages mixtes acquièrent la conscience d’une mission de réconciliation et de paix enracinée dans la propre existence. [Cette dernière phrase ne veut strictement rien dire, à part peut être endormir le Chrétien dans une sorte de satisfaction de lui-même. Il y aurait évidemment encore beaucoup à dire sur ce sujet, que n’épuise bien sûr pas la prose d’Alateia. Donc répondons à la question : un Chrétien peut il épouser une personne de religion musulmane ? Oui. Dans l’absolu c’est possible, au regard des règles canoniques. Mais la bonne question serait plutôt : un Chrétien devrait il épouser une personne musulmane ? Et là, la réponse est évidemment non, et ce d’autant plus que cette question se pose dans l’autre sens : une Chrétienne devrait elle épouser un Musulman ? (Parce qu’il n’est pas envisagé chez les Musulmans (croyants / pratiquants), qu’un Chrétien – sans qu’il se convertisse – puisse épouser une Musulmane.) Ne risque t’elle pas de faire un mariage, qui si il est possible au regard des règles, serait en réalité nul parce que ne respectant pas les piliers du mariage chrétien ? Je pense que si vous avez un cas en tête, précis, vous avez aussi la réponse.]

 

Article traduit et adapté de l’édition italienne d’Aleteia par Solène Tadié.

PADAMALGAM


« Ne pas faire l’amalgame ». En effet ça semble être le seul slogan qui subsiste après les attentats. Pas d’amalgame entre l’Islam et l’Islamisme et le terrorisme.

Or, sous un seul slogan nous avons pourtant deux postures.

La première, c’est la position des « élites politiques » qui diront qu’en fin de compte, si les terroristes sont jihadistes, c’est justement la preuve que les Musulmans sont pacifiques. Ca n’a évidemment aucun sens.

La deuxième, c’est la position des « élites cléricales » qui diront qu’aucune religion ne peut être violente. Cela n’a pas plus de sens. Je n’exagère pas, c’est le discours du SRI mais aussi du Cardinal Tauran. Or justement, dans toute religion, il y a cette dimension de gestion, compréhension, et d’assomption de la violence. Mais seul le christianisme, le vendredi saint en adorant la Croix, parvient justement à dépasser cette violence. Toutes les religions ne sont donc pas égales face à ce problème.

La conclusion que tire de tout cela la masse, c’est à dire la « non élite », c’est que si aucune religion n’est violente, mais que l’islam engendre l’islamisme et le terrorisme, c’est donc en réalité que toutes les religions sont violentes. Parce qu’évidemment, « l’élite cléricale » n’a plus dans le champs médiatique d’écho auprès des masses, et que la posture de solidarité qu’elle promeut est inaudible et va même contre le sens commun. Quant au discours politique de son « élite », il n’est pas plus sérieux.


Si bien que par un tour de passe passe orchestré par les élites musulmanes complices avec les officines qui promeuvent la sécularisation, et dont les ficelles sont pourtant grosses, à chaque fois qu’il y a un attentat, on trouve toujours des idiots utiles qui vont se rendre solidaires des Musulmans (montrées comme « premières victimes ») – du côté de l’élite politique ou de l’élite cléricale. Et au bout du compte, qui est montré du doigt, sur qui repose la faute de tous ces attentats ? Il ‘est pas difficile de répondre à cette question, en observant les conséquences dramatiques qui se déroulent sous nos yeux ici même en France mais aussi bien sûr au Proche Orient et en Afrique, où l’on brûle des églises, et on tue les Chrétiens. Je l’avais humblement prédit, et cela se réalise une fois de plus, avec exactement le même procédé que lors de la décapitation d’otages de Daesh ou l’assassinat de Gourdel. La conscience populaire islamique ou non se persuade en effet que tout cela vient de « la » religion, une religion qui est complice de violence. Le catholicisme du pape « moral », du clergé pédophile, des croisades et de l’inquisition est alors une cible rêvée. Evidemment c’est parfaitement injuste…

On devrait tout de même en tirer quelques conclusions, voire même faire un examen de conscience. Tout cela n’arrive t’il pas justement parce que nous n’avons pas ensemencé l’Evangile dans le cœur des populations nord-africaines, frustrées économiquement et socialement et devenues facilement la proie des frères musulmans ou des Salafistes ? Tout cela ne relève t’il pas de la part des Chrétiens d’une sorte de fatalisme, du type « si le Musulmans était convertissable, il y a longtemps qu’il aurait été converti » ? du fameux « l’Islam lui même est une voie vers Dieu » ? Ou encore l’approche connue : tout cela n’a pas vraiment d’importance, par ce qu’en fin de compte dans l’au delà, Dieu accueillera probablement chacun dans Sa miséricorde (j’ai la conviction que ce discours relève en réalité non pas de la théologie de la miséricorde promue par Jean-Paul II mais d’un jansénisme qui ne dit pas son nom). Ou a minima d’une sorte de respect humain que l’on cherche à cacher sous le prétexte du « respect dû aux autres religions » habillé des guenilles d’une « liberté de conscience » trop vite confondue avec la liberté de la conscience, qui elle, par contre, est promue par le magistère de l’Eglise…

Il faudrait tout de même que les choses soient dites : « Pas d’amalgame », d’accord. Mais que ce soit non pas entre l’Islam et l’islamisme (on ne sait pas très bien ce qu’est l’islamisme) mais entre l’Islam et les Musulmans. Ces derniers ne sont pas les premières victimes du terrorisme islamique, mais bien les premières victimes de l’Islam, qui ne fournit qu’une caricature de l’espérance humaine en quelque chose qui le dépasse, et qui transforme la capacité à Dieu de tout homme en une adhésion à une cause qui reste irrémédiablement terrestre.

La plupart des Musulmans valent bien plus que le Coran. Alors que la plupart des Chrétiens sont bien en dessous de l’Évangile. Donc effectivement, nous sommes coupables de quelque chose. Il ne nous suffit pas de rappeler que sur beaucoup d’aspects, l’Évangile est plus exigeant que le Coran. Nous avons la Parole de Dieu, les sacrements, nous vivons sur une terre chrétienne depuis 498. Notre civilisation, nos mœurs nos lois sont depuis des siècles dans l’humus chrétien. Le choix qu’a fait Dieu sur nous nous oblige, non pas à provoquer le salut du monde, mais à vivre de l’Evangile et annoncer cette bonne nouvelle à tous. Si nous ne faisons pas, arrive le malheur. Saint Paul ne dit pas autre chose.

Nam si evangelizávero, non est mihi glória; necéssitas enim mihi incúmbit. Vae enim mihi est, si non evangelizávero!

Le malheur est là aujourd’hui. Il faut le regarder en face. Ne pas nous endormir. Il y a possiblement une guerre civile en France en gestation, qui fait suite à la mise en place d’un apartheid de fait. Cette guerre se joindra alors à la guerre déjà commencée ailleurs. Et la guerre est sale, dure, laide. Il ne faut pas la souhaiter. Je sais de quoi je parle. Il faut réussir à le faire comprendre à nos « élites » qui sont apeurées pour plein de raisons : la solution, c’est l’Evangile. Le fond de ce qui fait la France, ce n’est pas l’amputation de la dimension religieuse de l’homme, mais c’est l’espérance de salut qui nous est ouverte par la mort du Christ sur la croix. Avec ces attentats et cette manifestation, c’est une partie de la France qui est morte ; la France de Clovis, qui n’est pas moins la France que la France de Voltaire… C’est cette France là qui descend aux enfers. Y trouvera t’elle le Christ, pour ressusciter avec Lui ?

Proliturgia : Communion ?

Un excellent rappel sur proliturgia sur la question de la communion, et qui reprend certaines idées déjà exprimées sur Schola Saint Maur. Je ne résiste pas au plaisir de le reprendre en soulignant certains points :


Jeudi 29/1/2015 : Ils étaient plus de 7 millions à assister, le 18 janvier, à la messe célébrée par le Pape François à Manille.

Quelques jours plus tard, des photos et des vidéos montraient ce qui s’était passé durant la communion : les hosties circulaient de main en main, étaient distribuées comme on distribue des bonbons des enfants dans une cour de récréation…


On était très loin d’un accueil digne et respectueux du Corps du Christ.

Ces comportements ont soulevé d’importantes questions : combien d’hosties tombées à terre et foulées aux pieds ? Combien d’hosties emportées dans les poches en souvenir de cette journée ? Combien d’hosties données à des personnes non croyantes et ignorant tout de l’Eucharistie ? Combien d’hosties subtilisées pour servir à des pratiques ésotériques ?

De plus en plus, la communion est banalisée. Et pas qu’à Manille : dans nos paroisses aussi. Dans nos paroisses surtout ! Dans nos paroisses où la liturgie est transformée en grand n’importe quoi !

N’est-il pas urgent de repartir sur les bases d’une solide catéchèse rappelant que la communion n’est pas un rite de convivialité ? Que l’hostie ne se reçoit pas comme un reçoit le « P’tit LU » de quatre heures ? Que dans l’Eucharistie c’est Dieu qui est présent, réellement et non symboliquement ? Que la messe est l’actualisation du sacrifice du Christ sur la croix et non une ronde autour de l’autel ou une rencontre entre sympathisants du célébrant ?

N’est-il pas urgent de rappeler que les fidèles remplissent leur devoir dominical même s’ils ne communient pas à la messe (puisqu’ils ne sont tenus de communier qu’une fois par an) ? De rappeler que la messe est valide et fructueuse (cf. Missel romain, Présentation générale) même quand on ne communie pas ?

Ne serait-il pas temps de restreindre la communion, surtout lors des messes de mariages ou de funérailles ? [Et cela évidemment, rappelons-le n’est évidemment pas du jansénsime…]

Enfin des bonnes nouvelles dans ce monde qui en a besoin

Le site web Chiesa publie une réaction du RP Fessio, sj, sur le compte rendu du livre du RP Pierre de Charentenay, sj, sur les Philippines, qui critiquait l’attitude des évêques philippins refusant la promotion par le gouvernement de la contraception dans ce pays majoritairement catholique.

Les mises en gras et les commentaires en rouge sont de moi.

« La Civiltà Cattolica » n’a pas toujours raison. Parole de jésuite

Le père Joseph Fessio se dissocie des critiques que l’un de ses confrères, qui écrit dans cette revue pontificale romaine, a lancées contre les évêques des Philippines, coupables de s’être opposés avec persévérance à une loi sur la « santé reproductive » [La santé reproductive, c’est évidemment exactement le terme utilisé par les promoteurs du planning familial et de l’Organsiation Mondiale de la Santé pour la promotion de l’avortement, de la contraception, mais pas seulement : il s’agit de promouvoir sous l’apparence fallacieuse de l’égalité homme-femme les « études de genre », la promotion de l’homosexualité, ou encore la promiscuité … Bref : quelquechose qui est profondément anti humain.]

par Sandro Magister


ROME, le 29 janvier 2015 – Les critiques sévères lancées par un jésuite qui fait autorité dans « La Civiltà Cattolica », revue qui fait également autorité, contre les évêques des Philippines ne sont pas passées inaperçues. Elles visent l’opposition persévérante des prélats à la loi relative à la « santé reproductive » voulue par le président, catholique, de leur pays, Benigno « Noynoy » Aquino, qui l’a fait approuver.

 Ces critiques, qui sont formulées dans un livre, ont fait l’objet, il y a deux jours, d’un compte-rendu détaillé dans cet article de http://www.chiesa :

> Les évêques des Philippines bafoués. Examinés et recalés

Ce jésuite qui a reproché aux évêques philippins d’être « arriérés » et « fermés » non seulement par rapport aux lumières de la modernité mais également par rapport aux sollicitations du pape François, c’est le Français Pierre de Charentenay. Ancien président du Centre Sèvres, l’institut d’études supérieures de la Compagnie de Jésus situé à Paris, et ancien directeur, entre 2004 et 2012, d' »Études », la revue des jésuites de France, il est, depuis l’année dernière, membre de l’équipe de rédacteurs de « La Civiltà Cattolica », la revue des jésuites de Rome qui n’est imprimée qu’après avoir été contrôlée par les autorités vaticanes et qui est dirigée par un homme très proche du pape, le père Antonio Spadaro. [Faul il être pro jésuite ? Personnellement, les Jésuites ont failli me faire perdre la foi, lorsque j’étais lycéen. Bref j’ai choisi mon camp. C’est mon opinion, je vous la partage… En tout cas il faut choisir entre les Jésuites ; et je préfère le P. Fessio au P. de Charentenay…]

Sa critique des évêques des Philippines a produit une impression d’autant plus forte qu’elle a été formulée au moment du voyage effectué par le pape François dans ce pays, qui non seulement est le seul en Asie dont la population soit majoritairement catholique mais qui se distingue également des autres pays par la forte présence des évêques locaux dans la sphère publique. [Il est évident que dans la pensée du P. de Charentenay, on ne peut pas « parler en tant que Chrétien », ce serait justement ne pas se conduire « en Chrétien ». Cette distinction maladive entre fond et forme, qui est une épidémie française, rend les discours inconséquents.]

Lorsqu’il a reçu le pape au palais présidentiel le 16 janvier (photo), Benigno Aquino, qui a été à l’école chez les jésuites de Manille, a lui aussi profité de l’occasion pour critiquer les évêques philippins. Dans le discours de bienvenue qu’il a adressé à son hôte, il a cité et retourné contre eux le discours de vœux prononcé devant la curie romaine, avant Noël, par François, dans lequel celui-ci a condamné les gens qui, dans l’exercice de leurs fonctions, se comportent en « semeurs de discorde ». [Ce discours comme cl’allusion des « lapins » faite par le pape dans l’avion, ne manque jamais d’être retournée contre l’Église par les ennemis de cette dernière. Bref : encore une faute de communication de la part du Vatican. Un certain nombre de gens critiquaient les « maladresses » de Benoît XVI. Force est de constater qu’en ce qui concerne François, ce ne sont pas des maladresses dont il faut parler mais bel et bien des gaffes… Et ce n’est évidemment pas la première.]

Mais le pape François n’a pas dit un seul mot pour défendre les évêques, que ce soit au cours du discours qu’il a prononcé tout de suite après en cette circonstance – dans lequel il a même rompu une lance en faveur du « droit inaliénable à la vie qu’ont les enfants qui ne sont pas encore nés » – ou à d’autres moments de sa visite. [On voit bien la pente. Pour rappel, la thèse du P. de Charentenay est de prétendre qu’il faudrait laisser la porte ouverte à la contraception sous prétexte que cela diminue les avortements. Le P. Fessio répond à ça très justement ci-dessous. C’est à lire.]

Cependant, parmi les jésuites, tous ne sont pas d’accord avec les thèses accusatrices émises par leur confrère de « La Civiltà Cattolica », qui sont nettement marquées par la limite culturelle que celui-ci perçoit dans le catholicisme des Philippines. Celui-ci serait : « proche d’une spiritualité latino-américaine, expressionniste sur le modèle espagnol, mais sans les tendances libérales héritées des Lumières ou de la révolution française ».

De San Francisco, le jésuite Joseph Fessio, après avoir constaté que les évêques philippins étaient recalés par le père de Charentenay en raison de leur fermeture à la modernité, a réagi en nous envoyant la lettre qui est reproduite ci-dessous.

Le père Fessio n’est pas un inconnu. Il a été formé à l’école théologique de Joseph Ratzinger et c’est l’un des membres importants de l’association des anciens étudiants de celui-ci, le « Ratzinger Schülerkreis ». Aux États-Unis il a fondé et dirige la maison d’édition Ignatius Press, qui a publié récemment un livre qui a fait du bruit, « Remaining in the Truth of Christ » [Rester dans la vérité du Christ], dans lequel cinq cardinaux interviennent contre la distribution de la communion aux divorcés remariés.

On découvrira ci-dessous les « erreurs de raison et de fait » que le père Fessio détecte dans les critiques lancées par le père de Charentenay contre les évêques des Philippines en ce qui concerne la « santé reproductive ».

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Cher Sandro Magister,

Je suis profondément désolé et affligé de ce qu’a écrit le père Pierre de Charentenay. Le dommage causé est d’autant plus grand que le livre est par ailleurs, comme vous l’avez montré, un travail sérieux et bien informé.

Les deux passages du livre qui figurent ci-dessous me paraissent particulièrement nocifs, même si – ou peut-être parce que – ils expriment des opinions qui sont largement répandues mais qui sont fausses.

1. Le père de Charentenay écrit : « Dans la discussion, l’Église catholique ne mentionne jamais la multiplication des avortements, ce qui est autrement plus grave que la contraception qu’elle combat. Les deux sont liés, puisque l’avortement est le moyen d’éviter la naissance, lorsque la contraception n’a pas été utilisée. Le pire mal suit le moindre mal ».

Je pose la question : est-il vrai que l’avortement soit un mal pire que la contraception, et même « nettement plus grave » ? Pas nécessairement. Examinons le cas de couples mariés qui, sans nécessité impérative, utilisent après leur mariage, pendant des années, la contraception pour reporter à plus tard la naissance de leurs enfants. Certainement, dans certains cas, la volonté de Dieu en ce qui les concerne est qu’ils soient ouverts à une nouvelle vie. Quel est, dans ce cas, le mal le plus grave ? Est-ce de prévenir la conception – et l’existence – d’un être humain doté d’une âme immortelle, voulu par Dieu et destiné au bonheur éternel ? Ou bien est-ce d’interrompre le développement d’un enfant dans le sein de sa mère ? Un tel avortement est certainement un mal grave et il est qualifié par « Gaudium et spes » de « crime abominable ». [C’est la constitution pastorale du Concile Vatican II sur « l’Église et le monde de ce temps », que certains prétendent n’être qu’une admiration béate du monde, qu’il faudrait oublier. Il faudrait au contraire la relire, son actualité est pénétrante… ] Mais il existe quand même un enfant qui vivra éternellement. Tandis que, dans le premier cas, un enfant que Dieu voulait voir venir au monde n’existera jamais.

La contraception est certainement très répandue, y compris parmi les catholiques mariés. Mais, justement, cette question profonde se pose, comme pour les millions d’avortements provoqués qui ont eu lieu au cours de ces dernières années : comment Dieu peut-il permettre qu’un tel mal se propage ? Il n’y a pas de réponses faciles à ce « mysterium iniquitatis ». [Évidemment, comment Dieu tolère-t’il le péché ? La mort, la maladie, le chômage, les tsunamis ? Tous ces malheurs ne sont évidemment pas liés à une volonté positive de Dieu…] Et cela signifie que la réponse facile qui consiste à dire qu’un mal comme la contraception n’est pas véritablement grave est inacceptable pour un chrétien. Les voies de Dieu ne sont pas nos voies. Mais cela n’annule pas certains principes fondamentaux et connaissables, parmi lesquels il y a celui-ci : priver quelqu’un de l’existence est un mal plus grand que priver quelqu’un de la vie temporelle.

En plus de cette erreur fondamentale au niveau de la raison, le père de Charentenay est également dans l’erreur en ce qui concerne les faits. Il a raison d’affirmer que l’avortement et la contraception « sont liés » ; mais ils ne sont pas liés au sens où il l’entend, à savoir qu’un accès plus généralisé à la contraception fera diminuer le nombre d’avortements. Les faits viennent à l’appui de la conclusion opposée. Les statistiques provenant du monde entier font apparaître qu’un accès plus généralisé à la contraception a une corrélation élevée avec une augmentation des avortements. Et les données sont également intuitives : une fois que la contraception est bien présente dans les mentalités, l’avortement est considéré comme constituant une simple mesure de sécurité en cas d’échec de la contraception, ce qui arrive très souvent.

2. Le père de Charentenay écrit : « Le projet RH Bill a été conçu pour aider les populations pauvres et leur permettre d’avoir accès à la contraception que la classe moyenne et les riches utilisent déjà. Les groupes sociaux n’ont pas les mêmes possibilités sur ce point. Le projet RH Bill répond donc à une question de justice qui motive le gouvernement en faveur de ces populations pauvres ».

Ici l’erreur pernicieuse est évidente et il suffit d’en faire un rapide commentaire : étant donné que les riches sont en mesure de contourner une loi qui interdit un mal grave, alors la loi devrait être abolie de telle sorte que les pauvres ne soient pas privés de la même possibilité.

Je ne suis pas en train d’affirmer qu’il ne peut pas y avoir, dans certaines circonstances, des motifs sérieux pouvant conduire l’Église à tolérer des lois qui permettent un mal moral. Toutefois l’affirmation selon laquelle il s’agit d’une « question de justice » n’est pas l’un de ces motifs.

Cordialement,

P. Joseph Fessio, S.J.

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Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.